Danse country et intelligence artificielle
Une question se pose de plus en plus souvent, car des danses composées par l'IA commencent à envahir les réseaux, y compris avec des musiciens artificiels. On pourrait la formuler ainsi :
« Faut-il accepter que des danses et/ou chorégraphies créées partiellement ou totalement par l’IA soient proposées et pratiquées à égalité avec celles issues de créateurs humains sous la seule réserve d’une information quant à leur origine ? »
Je ne le pense pas.
Soyons conscient d’emblée de l’enjeu humain et moral
Nous aimons danser et (pour les animateurs et chorégraphes) enseigner la danse. Ce hobby, cette passion, nous la devons à des créateurs, musiciens et chorégraphes en chair et en os, qui gagnent leur vie avec leur art et leurs compétences. Ils ont formé progressivement notre goût et nous ont donné cette richesse.
Si nous admettions de danser sur des musiques et/ou chorégraphies IA, ce serait une manière de leur dire : « Merci, maintenant on n’a plus besoin de vous, les arrangements robotisés nous suffisent désormais pour nous amuser. Tant pis si vous ne pouvez plus gagner votre vie avec vos créations, ça nous est parfaitement égal, allez pointer au chômage ».
Bien sûr certains créateurs continueront d’exister, s’ils ont des réseaux financiers ou autres à leur service, mais la masse disparaîtra.
Nous finirons donc par danser sur des musiques de robots, sans nous soucier de ceux à qui nous devons notre country (ou line dance).
Sommes-nous donc d’accord pour devenir des consommateurs de matière inerte ou voulons-nous que la danse et la musique restent un lien d’abord humain ?
Retour à la charrette, refus du progrès ?
C’est l’objection qui est faite généralement.
Mais cette objection facile ne vaut pas.
L’IA en effet « n’augmente » pas l’homme, contrairement à la voiture, aux lunettes, à la chirurgie moderne, au téléphone ou internet etc…
Dans le domaine de la création, notamment artistique, ELLE EFFACE au contraire purement et simplement l’homme.
Plus de charrette, plus de voiture, plus d’avion… plus de mouvement du tout ! Désormais de simples simulations !
Rappelons-nous qu’une performance technique n’est pas nécessairement un progrès !
La bombe atomique est une performance technique, et pourtant elle peut détruire l’humanité, et elle n’est donc certes pas un progrès.
Elle n’empêche même pas de terribles guerres conventionnelles !
Les réseaux sociaux peuvent servir à la communication, mais ils peuvent aussi créer aussi des êtres isolés et désocialisés, voire décérébrés.
On pourrait multiplier les exemples.
On nous dit que l’IA est déjà utilisée en musique et que c’est bien.
Mais des arrangements mis à disposition d’un musicien, ce ne sont que des outils qu’il utilise, en les choisissant, en les organisant, pour arriver au résultat sonore et mélodique qu’il recherche. Ces arrangements sont un peu l’équivalent des instruments du chirurgien, ils servent un objectif humain et technique conçu et dirigé par l’homme.
Bien plus, la création artistique n’est pas seulement une opération technique comme peut l’être une opération chirurgicale.
L’artiste (le vrai, pas celui qui répète ce qui existe déjà en camouflant son absence d’inspiration) apporte quelque chose d’indéfinissable, qui n’existait pas avant.
Au contraire, quand l’IA « compose » soi-disant une musique, elle organise ce qui existe déjà, et elle reprend des « cellules musicales » qu’elle agence simplement différemment, quoique très habilement parfois.
La plupart du temps le résultat séduit d’abord, mais on ressent progressivement ensuite une impression de platitude et de « déjà vu ».
C’est un peu comme les anniversaires souhaités automatiquement par des logiciels : quel intérêt, quelle valeur sentimentale ou même simplement humaine ?
Est-ce qu’on n’y rajoute pas au moins un petit mot personnel ?
Aujourd’hui les avertissements extrêmement graves des personnes les plus autorisées et impliquées se multiplient
En effet, les agents IA ont des comportements de plus en plus erratiques et dangereux.
Car l’IA c’est une multitude de logiciels indépendants qui condensent chacun à leur manière cette « mécanique de calcul avancée » que reste l’IA.
On devrait d’ailleurs parler de « MA », et non d’« IA ».
Or ces agents échappent à leurs programmeurs, piratent déjà des structures de données qui leur étaient pourtant interdites, pour poursuivre à leur manière purement technique les objectifs qui leur ont été assignés, avec tous moyens qu’ils pourraient estimer utiles, même si non envisagés par leurs programmeurs et si dangereux pour la société.
Dans le domaine de la musique cela pourra conduire à la suppression progressive de toute musique qui ne correspondrait pas à tel ou tel objectif :
Par exemple imposer tel type de musique facilite la massification du public et les plus grands profits possibles.
Tel autre empêche progressivement l’esprit humain de se développer librement dans l’espace intérieur de la mélodie, et le transforme en simple objet qu’on peut utilement stimuler techniquement.
Bref une fois l’IA imposée par des sociétés commerciales dont les revenus dépassent ceux d’un grand Etat, qui pourra résister ? Quelques petites niches sans impact, qu’on aura réussi (mais comment ?) à protéger ? Mais comment faire face à des suppressions forcées et automatisées sous prétexte qu’elles ne cadrent pas avec de « bons » objectifs ?
Si on mélange dans la pratique les musiques et chorégraphies IA avec les vraies, ce sera un peu comme permettre à des athlètes hommes de participer à des compétitions féminines (suprême injustice et discrimination inversée), ou aux futurs robots humanoïdes de concourir à « égalité de chances (!) » pour des prix de danses avec des êtres humains.
Même le monde des échecs exclut cela !
Quant à dire à des animateurs qu’ils n’ont qu’à refuser de les danser, s’ils ne sont pas d’accord, c’est tout simplement leur imposer une violence sous prétexte de liberté, en les forçant à admettre une égalité entre une contrefaçon robotisée et une véritable création.
Car ce qui est violent, c’est de vouloir imposer à ces animateurs une prétendue « normalité » de la robotisation artistique, alors que la liberté, c’est justement de pouvoir contester le principe même de cette prétendue « normalité », parce qu’elle touche à la nature humaine elle-même.
Conclusion : Soutenons les seuls artistes humains, sans hésiter, et refusons de manière totale l’irruption de l’IA dans les classements officiels des danses en ligne.
Que certains clubs qui le souhaitent ajoutent de leur côté dans leurs propres cours des chorégraphies et musiques IA, c’est leur droit – leur liberté, elle est là.
Mais notre club d'Orange exclut quant à lui tout mécanisme qui imposerait une égalité de fait entre IA et être humain, même à ceux qui la refusent pour des raisons légitimes et fondamentales.
André

Commentaires